En 2023, selon la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEEP), le taux d’absentéisme touche deux fois plus les lycées professionnels que la moyenne des élèves du second degré public. En cause, une orientation subie plutôt que choisie reproduisant en outre des inégalités sociales et culturelles sur fonds de décrochage scolaire.
L’absentéisme gagne du terrain sur le territoire français. D’après la note d’information de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) d’avril 2024, l’absentéisme mensuel a concerné, en moyenne, 7 % des élèves du second degré public de septembre 2022 à mai 2023. Cet absentéisme concerne davantage les élèves des lycées professionnels (16,7 %) que ceux des collèges (4,9 %) et des lycées d’enseignement général et technologique ou polyvalents (8,7 %).
Reproduction d’inégalités sociales et scolaires
Selon un rapport de l’Institut d’études politiques de Paris en partenariat avec le LIEPP (Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques) publié en 2014, les enfants issus de milieux défavorisés ont une probabilité deux fois plus élevé d’être orienté en bac pro. Ce score monte à 2,7 fois plus pour l’orientation en CAP. De plus, 60 % des élèves en lycée pro ont au moins un an de retard scolaire et 2/3 des titulaires d’un bac pro sont au chômage six mois après l’obtention de leur diplôme. Le constat est alarmant et démontre, selon Dylan Ayissi, ancien élève de lycée professionnel, que « les élèves orientés vers les métiers du tertiaire n’ont pas la moindre ambition de travailler dans ces domaines ». Débarquer en lycée professionnelle serait ainsi perçu comme un échec scolaire vécu de façon violente. En somme, une orientation subie plutôt que choisie. Un corollaire non négligeable qui explique l’absentéisme important des élèves issus des lycées professionnels.
Outre la mise en valeur des métiers « intellectuels » au détriment de ceux considérés comme « manuels », d’autres facteurs viennent s’ajouter à leurs faiblesses académiques : les facteurs socio-économiques. Selon le journal Le Monde, 56, 9 % des élèves en lycée pro sont issus de milieu social défavorisé en 2019 contre deux fois moins en lycée général faisant ainsi du LP un reproducteur d’inégalités sociales et scolaires n’incitant pas ces derniers à travailler au sein de cet « entre-soi » peu motivant.
« On conditionne à voir le travail en LP comme quelque chose pour se nourrir »
Dylan Ayissi, fondateur de l’association Une voie pour tous qui contribue à la revalorisation de la voie professionnelle, explique dans le podcast Les Adultes de Demain que « dans l’environnement des lycées professionnels, on conditionne à voir le travail comme quelque chose qu’on fait pour sécuriser sa situation financière. Or, on pourrait changer cette image du lycée professionnel si on considérait le travail comme quelque chose qui nous épanouirait professionnellement et socialement ». Il est donc nécessaire de déconstruire l’image dévalorisée du lycée professionnel et d’encourager des jeunes à suivre cette voie par envie. Ainsi cela mise en place, cette filière sera davantage valorisée et aura pour conséquence de voir son absentéisme minoré.
Mesure pour lutter contre le décrochage scolaire
En réponse à cet absentéisme analysé comme un substrat du décrochage scolaire, une académie – dont l’anonymat a été respecté – s’était déjà engagé en 2009 dans la mise en place d’une expérimentation sociale pour lutter contre le décrochage scolaire financée par le Haut-Commissariat à la jeunesse (HCJ). Elle impliquait 16 lycées professionnels.
L’application de ce programme devait, à terme, entraîner une prise en charge plus efficace des élèves en difficultés par le biais de l’activité des Groupes d’aide à l’insertion (GAIN) pour « raccrocher les décrocheurs ». C’est-à-dire en leur permettant de recevoir un accompagnement individualisé pour les aider à construire un projet professionnel et à s’investir dans une voie répondant à leurs attentes. Cela devait inciter une baisse des taux d’absentéisme et d’abandon en cours d’études. Or, le constat est préoccupant. Si en 2009, le taux d’absentéisme en LP était de 14, 2 %, une légère baisse l’a vu diminué à 11, 5 % en 2015, selon un rapport du ministère de l’Education. Malheureusement, il a depuis explosé établissant le taux d’absentéisme au chiffre critique de 16, 7 % en 2023. La pandémie de la Covid-19 n’a eu de cesse de faire des ravages. En voici une conséquence qui n’est pas près d’inverser la tendance.
Jessy Lemesle