Le film “le consentement” fascine. Nous avons demandé un point de vue psychologique sur ce type de relations à un spécialiste en pédopsychiatrie : Didier Drieu
À l’occasion de la sortie du film “Le consentement” réalisé par Vanessa Filho, le sujet d’emprise sur les mineurs est partout autour de nous. Les jeunes sont fascinés par ce film sur les réseaux sociaux, et beaucoup d’entre eux disent s’y identifier.
Didier Drieu est maître de conférences dans les universités de Rouen et de Caen. Antérieurement, psychiatre et pédopsychiatre, il a eu l’occasion de suivre de nombreux cas similaires, et ses axes de recherches actuels sont très proches du cas de Gabriel et Vanessa. Par exemple, le traumatique dans les troubles à l’adolescence et la plurifocalité thérapeutique.
Nous sommes allés à sa rencontre pour mieux comprendre ce type de relations, afin de prévenir avant que l’enfant ne soit complètement sous emprise.
Comment une relation de ce type se crée-t-elle?
L’emprise n’est pas que psychique, c’est un milieu, c’est une ambiance, c’est un contexte. C’est un agresseur on pourrait dire, et une victime qui vit des conflits dans sa tête.
Ça ne m’étonne pas qu’il y ait des emprises dans les milieux culturels. Quand on est jeune et qu’on cherche ses repères, on a des producteurs plus âgés qui vont nous emmener dans leurs repères. C’est tout ceux qui ont un pouvoir, que ce soit autant dans les universités, que dans la danse. Ils donnent le sentiment d’avoir une opportunité.
C’est plus simple encore si elles se retrouvent sans repères familiaux, entrés dans l’adolescence, les fantasmes sont beaucoup plus présents. On veut rentrer rapidement dans l’âge adulte, alors qu’on sait qu’on va devoir mettre du temps. Quand ils sont encadrés il n’y pas de problèmes, parce qu’ils savent qu’ils auront le temps de grandir.
Quels peuvent être les signes que notre enfant est sous emprise ?
On comprend qu’il y a une emprise dès qu’il y des cris, ou des colères quand il s’agit de séparer l’enfant, de l’adulte. Ce sont généralement des enfants très isolés, avec des fantasmes très forts et désirant rencontrer des adultes qui leur montrent le chemin de la vie. Ils vont forcément aller dans des milieux qui ne sont pas saints.
Quels sont les dangers de cette emprise ?
Normalement, la sexualité se produit aux alentours de 15/16 ans, avant ça, ce n’est juste que des amitiés, avec peut être de la romance. Ce n’est pas une coïncidence que les enfants qui commencent leur sexualité trop tôt finissent régulièrement à la protection de l’enfance. C’est des jeunes filles qui ont eu aussi des mamans qui les ont eu trop tôt. C’est une sexualité qui ne s’est pas vraiment clos par un lien amoureux, puisque des deux côtés c’est impossible. Particulièrement si il y a un lien d’emprise. Dès qu’il y a un sentiment d’autorité, l’emprise vient facilement. Il n’y pas forcément besoin d’être mineure.
C’est très difficile de faire prendre conscience de ses actes à un pedophile. À l’opposé, c’est la victime qui porte généralement la honte.
Si vous aviez des conseils à donner à une maman célibataire, qui aurait besoin d’aide pour sauver sa fille sous emprise, quels seraient-ils?
En psychiatrie, on travaille souvent en groupe de victime, il faut revenir sur des situations gênantes. Mais si votre fille est dans une situation similaire il faut rapidement l’accompagner vers une maison d’adolescent, c’est un endroit avec des psys et des éducateurs. C’est une possibilité d’être reçu sans obligation, et d’avoir un accompagnement plus profond. La maman a besoin d’accompagnement pour aider sa fille, et si elle est seule elle a besoin qu’on l’accompagne.