À Saint-Denis, face à l’explosion de la précarité, l’épicerie solidaire Marhaba lance un appel à l’aide. La supérette peine à remplir ses rayons et des familles démunies se retrouvent sur liste d’attente.
Des sucres d’orge, des sapins en pain d’épice et des calendriers de l’avent occupent une partie des étals de l’épicerie solidaire Marhaba. En ce début de mois de décembre, les locaux de l’association dionysienne, habillés de guirlandes lumineuses, témoignent de l’arrivée de Noël. Mais cette façade festive cache une réalité économique préoccupante. Ici, les produits sont vendus à bas coût, afin de permettre aux plus démunis de se nourrir. L’épicerie achète ses produits et les vend à perte. Sans subventions ou dons, ce modèle vertueux pourrait être remis en cause.
<< On est de plus en plus sollicités mais nos rayons sont de moins en moins remplis >>
“Le nerf de la guerre, c’est l’argent !” lance Nelly Debert, bénévole à l’épicerie. Cette mamie rock, qui arbore fièrement son tatouage de Johnny Hallyday, est remontée. “On est de plus en plus sollicités mais nos rayons sont de moins en moins remplis…” se désole-t-elle. L’argent manque cruellement à l’épicerie et faute de moyens, des familles ne peuvent pas franchir la porte de la supérette. « On a 137 demandes, mais malheureusement, on ne peut pas recevoir toutes les familles… Donc elles sont sur liste d’attente », déplore Sauhade Ezbatti, directrice générale et fondatrice de l’association.
À l’approche des fêtes de Noël, l’épicerie connaît une forte augmentation des demandes ; une situation qui n’est ni nouvelle ni isolée. Depuis la crise de 2008, le nombre de bénéficiaires d’associations d’aide alimentaire à plus que triplé. En 2022, 2,4 millions de personnes ont été accueillies par les quelque 6 000 associations existantes à travers la France. Un bilan qui s’alourdit encore en 2023. Au premier trimestre 2023, la hausse était de 9 % par rapport à l’année précédente.
Cette hausse de la précarité est visible, non seulement par l’accroissement du nombre de demandes, mais aussi par l’hétérogénéisation des demandeurs. “Maintenant, nous accueillons beaucoup plus de retraités et de personnes actives. Même des étudiants commencent à frapper à notre porte” livre Sauhade.
<< La ville a besoin des épiceries solidaires mais elle ne les aide pas >>
Pendant que les besoins se font de plus en plus grands, les aides publiques tardent à venir. “Nous avions fait la demande de subventions communales auprès de la mairie, mais elle n’a pas donné suite” raconte Nelly. Elle poursuit “En plus, la mairie redirige des familles vers l’association”. Une situation qui est vécue comme une injustice pour la bénévole : “La ville a besoin des épiceries solidaires, mais elle ne les aide pas !”. La supérette achète elle-même des produits qu’elle vend à perte. Sans aides publiques ou mécénats, la pérennité de l’association est remise en cause.
<< C’est un lieu de rencontre et de partage >>
Au-delà de la vente alimentaire, l’épicerie Marhaba offre aussi un espace d’accueil. Nelly témoigne de l’importance de cet espace pour permettre aux gens de se sentir moins isolés : « C’est un lieu d’échange, un lieu où on prend le temps de discuter avec les gens. C’est un lieu de rencontre et de partage ». La détresse dans laquelle vivent ces personnes n’est perceptible que si on prend le temps d’entrer réellement en contact avec elles, rappelle la présidente : “À première vue, on ne se rend pas compte de leur précarité. Elles ont beaucoup d’honneur et de dignité. ” Pour Nelly, c’est en cela que l’association trouve tout son sens : “Beaucoup de personnes n’oseraient pas aller aux restos du cœur… Il est plus gratifiant pour elles de pousser la porte d’une épicerie solidaire et de dépenser un peu ses sous”.