Seuls six mangakas étrangers, dont deux européens, ont été publiés et adaptés en animé au sein du pays natal du manga, le Japon. Si le marché semble infranchissable pour les non-japonais, leur nombre est, nonobstant, vu à croître durant les prochaines années.
A l’aune des prémices de la 34e édition du Paris Manga & Sci-Fi Show – le plus grand salon français dédié aux cultures pop -, qui se déroulera à Paris Nord Villepinte les 28 et 29 octobre 2023, il est l’occasion de revenir sur un manga de confection française. En effet, Radiant n’est pas passé inaperçu dans la bande dessinée japonaise, allant même jusqu’à conquérir ce public réputé rétif à toutes productions étrangères. Il a depuis fêté ses 10 ans de publication au Japon. Depuis 2013, il fait partie du cercle restreint des six mangakas étrangers qui ont eu le privilège d’avoir été publié et adapté en animé par la chaîne japonaise NHK au Pays du Soleil levant, la terre incontestée des « dessins aux traits libres ».
Le manga, un terreau de séduction à l’égard de l’Hexagone
Deux années après le lancement de son manfra – le manga à la française – Radiant, en 2013, le jeune prodige Tony Valente, aurait, selon certains, enclenché l’avènement de la bande dessinée japonaise réalisé par des Français. Or, dix ans après ce succès toujours pérenne, le démiurge est toujours l’un des seuls européens au côté de la suédoise Asa Ekstrom – qui s’est installée… à Tokyo – à trouver sa place dans le marché gargantuesque que représente les séries shonen. Un paradoxe d’autant plus important que, selon l’institut GFK, le manga représente en 2023, 1/7 des livres vendus en France pour un volume de 57% du marché de la bande dessinée.
Assimilation de la culture nippone, un gageur de succès
La divergence culturelle entre le Japon et la France se fait le motif de l’échec français sur l’Archipel. Cependant, Cyril Marchiol, scénariste français, asserte qu’un manga produit en France a autant de sens qu’un autre produit au Japon : « le manga correspond à une forme de découpage et de rythme. La nationalité n’a pas de lien direct avec le talent… ». Il n’a simplement pas le même poids culturel. Au Japon, plus de 4 000 revues sont dédiées à cet art – contre presque 0 en France – ce qui explique la mainmise japonaise encore aujourd’hui dans l’imaginaire collectif, et le peu de réussite des occidentaux au sein du Pays du Soleil levant.
« Je dirais que la force du manga français résiderait dans les valeurs communes que nous avons avec le Japon », continue-t-il. Cette affirmation allègue le succès du jeune auteur ayant repris les codes stricto sensu des mangakas japonais comme l’atteste Hiro Mashima, l’auteur de Fairy Tail : « Radiant est une œuvre à la touche très japonisante au point de ressembler au premier coup d’œil à un véritable manga japonais ». « Shonen impressionnant made in France », souligne même Yusuke Murata, dessinateur de One Punch Man.
Le secret du juvénile mangaka résiderait donc dans la maîtrise du bout des doigts des codes des productions populaires japonais si cher aux habitants de l’Archipel Nippon, pour qui, le manga, au-delà de la culture, ferait montre d’un culte particulier, et serait peu ou prou le corollaire de son succès.
Jessy LEMESLE