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Étudiants, bienvenue en France

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Étudiants, bienvenue en France

« À quel moment a-t-on officiellement le devoir d’appliquer le décret ? ». Les réunions s’ensuivent et Paris 8 est toujours désorientée quand à l’issue des mesures prises par le gouvernement.  Cette hausse de frais d’inscription à l’encontre d’étudiants extra communautaires s’oppose aux valeurs que cette université prône ; cette dernière réunion le prouve encore.

 

Un point sur la situation des étudiants extra-communautaires

Mercredi 17 avril 2019, 12h20. Installé dans un amphi face à une douzaine de personnes, enseignants et personnel de l’université Paris 8, Dominique Willoughby, vice-président aux Relations Internationales, prend la parole. Tous sont présents dans un seul but : faire le point sur le décret visant à une hausse des frais d’inscription. En effet, ceux qui se questionnent au sujet de la rentrée prochaine sont nombreux. “Qui exonère-t-on ? Qui devra-t-on faire payer ? Quelle marge de manœuvre avons-nous ?”… Les questions fusent. Certains sont bien plus sceptiques “Exonérer tout le monde ok, mais pour combien d’années s’engage-t-on ?”. Aujourd’hui, après plusieurs réunions certains ont réussi à avoir des précisions sur qui est réellement touché ou non par le décret. Sont donc exonérés les étudiants français, européens, monégasques mais également ceux venant d’Andorre, du Québec. Les réfugiés, les jeunes bénéficiant d’une protection spéciale ou encore les étudiants domiciliés fiscaux en France depuis plus de 2 ans sont également exonérés. Les principaux concernés sont donc des étudiants extra-communautaires intégrant une université française dans un cadre de co-échange sans co-diplomation. Un seul contournement existe donc pour pouvoir permettre à des étudiants étrangers de ne pas payer: faire partie du seuil de 10% autorisé par le décret du 19 août 2013. Cette enveloppe réglementaire permettrait donc à 10% d’étudiants inscrits de passer outre les mesures du décret du 21 août 2018. Or, qui choisir ? Comment ? Avec 25% d’étudiants étrangers, Paris 8 se place en tête des universités accueillant des étrangers en Île-de-France. Exonérons d’accord mais dans quelles limites ? “On nous donne le droit de les exonérer mais pas les moyens” souligne l’un des enseignants de Paris 8. L’objectif ne doit pas être de négocier des financements mais bien des dispositifs afin de permettre à cette université et d’autres de manoeuvrer afin de garder une certaine attractivité pour ces étudiants étrangers.

 

L’Afrique au centre de toutes les attentions

 

Paris 8 est la troisième université en France à accueillir le plus d’étudiants sénégalais. Actuellement 10.000 en France pour cette année, ils seront 5.000 selon les prévisions pour l’année universitaire à venir. En 2019, ils sont actuellement 400 inscrits à l’Université de Saint-Denis. Le décret paru en août 2018 inquiète les populations africaines et notamment les sénégalais. Ceux-ci se sentent extrêmement ciblés et font part de leurs inquiétudes lors de nombreuses rencontres avec les enseignants et directeurs d’universités françaises. Géo-politiquement, cela pourrait mener à une crise d’un nouveau genre entre des pays d’Afrique francophones et la France.

« Ceux qui veulent venir doivent savoir qu’ils peuvent venir » résume un enseignant présent lors de cette réunion. Un autre fait part de certaines idées que le gouvernement a pu évoquer. Délocaliser des universités françaises afin de venir compléter une université manquant de diversité au sein des filières proposées. Le tout ne durerait que quelques années et ensuite « la France s’en irait ». Cette idée fait mal aux oreilles de certains percevant cela comme une forme de colonialisme intellectuel. Une vision qui laisse donc pessimiste. Les pistes de réflexion sont encore nombreuses mais peu peuvent réellement aboutir à long terme. Aujourd’hui nombreux sont ceux qui sont prêts à payer 125 euros pour accéder à la plateforme de Campus France et prendre le risque de s’engager dans une année universitaire en France, en espérant que ce décret ne soit finalement pas appliqué.

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À Propos

Sortie de ses montagnes il y a quelques années, elle connaît aujourd’hui un véritable choc civilisationnel à Paris. Un grand homme a dit un jour “À mon avis, c’est ça qui déglingue les gens, de ne pas changer de vie assez souvent”. Caresse l’idée de faire le tour du monde tant que notre belle planète tourne encore.

celia.seramour@altmagazine.fr

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