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1ᵉʳ mai 2019 : fouler le pavé sous les lacrymos

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1ᵉʳ mai 2019 : fouler le pavé sous les lacrymos

La manifestation organisée pour la Fête du travail a très vite viré à l’affrontement contre les CRS. Mais dans l’histoire, personne n’est tout blanc ou tout noir, les responsables sont des deux côtés et parfois l’interrogation peut être de mise quant à certains choix faits par les autorités pour contenir les manifestants. Un récit en photo, sur cette journée de contestation.

Préparation d’une manifestation, sous tension

La manifestation du mercredi 1ᵉʳ mai va être tendue tout le monde le sait. La décision d’y aller pour faire un reportage photo ne tient qu’à l’envie d’aller voir ce qu’il se passe, comprendre et discuter. Je veux voir ce qu’il se passe pour comprendre. C’est pour cela que quelques jours avant le rassemblement, nous décidons de nous rendre à la manifestation prévue dans le cadre de la fête du travail,. Par soucis de sécurité, j’achète de quoi m’équiper convenablement. Pas question de prendre le risque de ramasser quelque chose sur le crâne,  il y a déjà eu assez de blessés. Nous achetons des casques ainsi qu’une trousse à pharmacie.

 

Presse CRS

La totalité des journalistes étaient équipés en conséquence.

10 heures : Montparnasse est à la fête. La police, moins

Le cortège s’était donné rendez-vous à 11h devant la gare Montparnasse en ce mercredi ensoleillé. C’est logiquement que Théo et moi y sommes allés un peu en avance, vers 10h30, histoire de prendre la température. Nous devions d’ailleurs nous retrouver sur le parvis, mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Alors que j’étais encore seul, un groupe de 5 personnes m’interpellent. Ils sont en civils, et me demandent ce que je vais faire avec un casque. Je réponds en rigolant : « bah du skateboard ». Mauvaise idée. Ils n’aiment pas la blague. L’un d’entre eux, celui qui semble être le chef me sort son badge d’officier. Ils procèdent à une fouille, me prennent mon casque considérant que je ne suis pas journaliste. Je suis obligé de négocier avec eux pendant de longues minutes pour récupérer cette protection que je considère indispensable dans une manifestation comme celle-ci. Une fois qu’il est bien installé sur ma tête, je m’en vais rejoindre le cortège qui s’agrandit de minute en minute et commence déjà à s’échauffer.
Cependant, un calme plane sur la place. De toute façon tout le monde sait que les forces de l’ordre ne laisseront pas avancer les manifestants avant 14h30, horaire officiel du départ du cortège. Alors si Maxime Nicolle, figure du mouvement des gilets jaunes accompagné d’un petit groupe, se met face aux CRS pour chanter, les autres profitent du calme installé pour manger, discuter, rigoler aussi. Il y a sur place des vendeurs de muguet, mais aussi des stands de nourriture dont l’odeur envoûte tous les manifestants qui forment une longue file d’attente. Tout le monde semble détendu.

Nicolle

Maxime Nicolle, figure des gilets jaunes était présent tôt le matin. (Photo : Théo Sabourin)

Les gilets jaunes ne sont pas seuls

D’ailleurs, si les gilets jaunes sont présents, ils ne sont pas en majorité. Il y a aussi beaucoup de syndiqués, des étudiants, des écologistes, et des black blocs. Globalement, jusqu’à 12h30, la manifestation est très calme. C’est d’ailleurs pour cela que nous prenons la décision d’aller manger dans une sandwicherie, un peu plus loin sur le boulevard Montparnasse. À peine installés, nous voyons les black blocs se mettre en route, presque 2h avant le lancement officiel. Forcément, toutes les personnes présentes les suivent. Nous aussi.

Cortège manif

Le cortège a voulu s’élancer avant 14h30. (Photo : Théo Sabourin)

Charge de CRS

Très vite, les forces de l’ordre réagissent et bloquent les manifestants près d’un carrefour. En tête de cortège, les journalistes sont fortement invités à sortir de la manifestation et à se placer derrière le cordon de CRS. Ce que nous faisons. Un grondement se fait sentir côté manifestants, le sol tremble, slogans et insultes fusent envers les CRS. « CRS, SS » est alors le dicton préféré d’un petit groupe en tête de cortège. C’est alors que vers 13h, et sans sommation au préalable, les policiers chargent les militants. Interpellant une ou deux personnes et en blessant également quelques-unes. Pourquoi cette charge ? Repousser les black blocs en fin de cortège. Ce qui peut sembler ridicule quand on sait qu’ils vont remonter devant. Les CRS ont gagné en réalité 15 minutes de tranquillité.

Manif arrestation

Certains manifestants ont été appréhendés par les CRS. (Photo : Théo Sabourin)

 

Blessur manif

La charge des CRS a laissé des traces. (Photo : Théo Sabourin)

L’incompréhension règne. Les CRS semblent chercher à exciter la foule en lançant des lacrymogènes qui ne servent à rien. Nous nous sentons presque plus en sécurité du côté manifestants alors nous y retournons. Théo est devant moi. Juste avant d’entrer à nouveau réellement dans la manifestation, un détachement de la BAC qui venait de procéder à une interpellation, court dans ma direction. Je prends un coup de matraque alors que pendant ce temps Théo se retrouve dans une sorte de garage, rempli de gaz lacrymogène. Pas les meilleures conditions au monde. Énervés, nous nous mettons quelques instants en retrait.
Une rencontre nous permet de relativiser. C’est celle d’un jeune homme de 23 ans, avec un bonnet et un masque de ski. Il nous demande du liquide physiologique pour son oeil, qui est tout noir… “C’était à une manif de gilets jaunes, en décembre. J’ai pris un flash-ball autour de l’oeil. J’ai été hospitalisé, mais on m’a dit qu’il n’y avait quasiment aucun espoir que je revois avec mon œil droit. Cela ne m’a pas empêché de retourner manifester la semaine d’après, n’écoutant pas les indications des docteurs.” explique-t-il en souriant, pendant que j’applique le liquide dans son œil.

Juste à côté de nous, les affrontements sont intenses (Photo : Maxime T’sjoen)

 

Calme avant la tempête sur le parcours

14h30 pile et la vraie manifestation qui compte environ 16 000 personnes s’élance. Et étrangement, le calme règne à nouveau. Seuls moments où des confrontations entre manifestants et CRS se font sentir, c’est quand ces derniers bloquent les rues perpendiculaires aux boulevards prévus dans la manifestation. Là, ce sont des personnes isolées qui viennent insulter les CRS, souvent très jeunes, qui restent calmes. « Est-ce qu’elle est fière de toi ta mère ? » lancent plusieurs d’entre eux, souvent accompagnés de doigts d’honneur.

Des manifestants s’en prennent verbalement aux CRS (Photo : Maxime T’sjoen)

Seules deux rues ne sont pas bloquées par des policiers. Il n’en fallait pas autant pour un groupe de black blocs, qui s’engouffre dans une artère libre sous les applaudissements des gilets jaunes. Le groupe qui sort du parcours prévu, entraîne une bonne moitié du cortège avec lui. « Syndicats, gilets jaunes, avec nous ! » s’écrie alors une jeune femme vêtue de noir. C’est la seule fois où nous nous sommes sentis en danger auprès des manifestants, car certains d’entre eux ne voulaient pas que nous fassions de photos, nous agressant verbalement à plusieurs reprises et en claquant l’appareil dans le visage de Théo. “Pas de putain de photos !” lâche t-ils à plusieurs reprises.

 

Blacks-blocks

Les black blocs quittent le parcours indiqué. (Photo : Théo Sabourin)

Mais c’est sur le boulevard de l’hôpital, aux abords de la place d’Italie que tout va dégénérer. Devant le commissariat du 13e arrondissement qui a été protégé en conséquence avec d’immenses grilles. Quelques manifestants lancent des projectiles, et directement les CRS répondent. Nous nous retrouvons au milieu de l’affrontement. On voit arriver les grenades de désencerclement, et l’on entend les flash-balls siffler. Et tout de suite après, la charge. Nous essayons de nous protéger comme on peut, derrière des arbres, ou encore en rentrant dans un hall d’immeuble. C’est à ce moment-là que des manifestants entrent dans l’hôpital de la Salpêtrière. C’est à ce moment, vers 17h, que nous nous disons que cela peut vraiment être dangereux et que nous décidons de quitter la manifestation.

Bien sûr, cet article ne représente pas que ce que nous avons vécu, il se veut aussi neutre, car on a souvent l’habitude d’entendre des personnes défendant soit les CRS, soit les manifestants. La vérité est beaucoup plus compliquée avec des décisions prises par les deux parties qui sont parfois contestables, et qui ont comme principal effet (au-delà des affrontements) d’occulter le message que veulent faire passer, en ce 1ᵉʳ mai, syndicats et gilets jaunes. Si les gilets jaunes et leurs revendications sociales sont les plus présents dans les manifestations françaises, il ne faut pas oublier les étudiants qui militent régulièrement pour préserver l’environnement.

affrontement

Le gros des affrontements a eu lieu sur le boulevard de l’hôpital. (Photo : Maxime T’sjoen)

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À Propos

Souvent optimiste. Admiratif des multiples cultures qui existent sur ce monde. Préfère néanmoins observer les pratiques sportives selon les sociétés. « C’est le vrai monde dehors et le vrai monde il va chez le coiffeur. » OSS 117

maxime.tsjoen@altmagazine.fr

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