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L’Époque : la parole aux jeunes

Critique du documentaire l'Époque de Matthieu Bareyre sorti le 17 avril 2019
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L’Époque : la parole aux jeunes

“C’est quoi l’époque ? Les pocks : c’est le son que ça fait quand tu te prends un coup de matraque. Pock pock pock ! C’est aussi le son que fait un bouclier quand tu balances des bouteilles de verre dessus.” Assise sur les dalles grises de place de la République durant l’une des longues Nuit Debout, Rose donne spontanément sa réponse à la question que Matthieu Bareyre pose dans son documentaire.

Paris, place de la République

Après la série d’attentats du 13 novembre 2015, l’État d’urgence est instauré par François Hollande. Des manifestations, partout en France, se voient interdites faute de “moyens de sécurité suffisants”. Mais place de la République, les pancartes “Nous sommes Charlie” ou les crayons de papier brandis comme des poings levés pacifiques en hommage aux victimes de l’attentat visant Charlie Hebdo, laissent place à de nouvelles manifestations.

Pendant plus de deux ans, Matthieu Bareyre suit les mouvements sociaux contre la loi Travail à la charge de la Ministre Myriam El Khomri, puis les Nuits debout de contestations et de rencontres place de la République. Avec l’Époque, il nous (re)plonge dans cette période trouble qu’il tente de cristalliser dans son film.

 

“Pourquoi tu ne rentres pas dormir ?”

Grâce à cette question, Matthieu rencontre Rose. Ce sont les deux personnages centraux du documentaire : l’un derrière la caméra, l’autre qui l’aide à créer son film. Rose, captivante, joue avec le cadre, le hors-champ, la caméra, bref, le spectateur. On la laisse nous guider à travers les dalles retirées, les flash-ball projetés, les nuages de gaz lacrymogène place de la République. Elle nous fait visiter ce monde violent, raciste mais solidaire, créatif et drôle parfois qui est né au printemps 2016. Les violentes confrontations entre forces de l’ordre et manifestants sont montrées sans artifice. L’image tremble, la caméra embarquée nous mêle à la foule qui court se réfugier des projectiles. La bande sonore, qui mêle les cris des passants aux éclatements assourdissants des flash-ball, est insoutenable.

Mais ce n’est pas que ça l’Époque. Dans ce documentaire on y découvre aussi les parcours atypiques d’individus en marge parfois désintéressés des questions politiques. Des étudiants partageant leur vie, sirotant un mauvais mélange de whisky-coca ou de vodka-jus d’orange au large du canal Saint-Martin. Des meutes de garçons, errant sur les Champs Élysées, à la recherche de distractions qui les feront s’évader un moment. Des jeunes à la recherche d’un moment de bonheur.

À la recherche du bonheur

On assiste alors à de rares moments de légèreté, où ils oublient, ils ignorent, le monde qui finira par les rattraper.

C’est pour ça, aussi, qu’ils “ne rentre[nt] pas dormir”. Ce n’est pas seulement Rose, qui campe place de la République pour protester, rencontrer, extérioriser et être là. Ce sont eux, ce sont elles aussi, qui ne rentrent pas dormir. Eux qui préfèrent vagabonder, manifester, boire, rire et pleurer, danser, jouer et crier sous la pluie. Jusqu’à s’en foutre en l’air la santé.

Ce sont ces courts instants d’insouciance où peu importe si la pluie nous terrasse, peu importe si l’alcool nous abîme, peu importe si la chute nous blesse, l’important c’est l’époque, l’important c’est maintenant. C’est ce que Matthieu Bareyre capture et c’est pour ça que son documentaire mérite d’être vu. Ce n’est pas un film politique, c’est un film intemporel et universel : un film où la jeunesse crève l’écran. Cette jeunesse qui dit : “on verra bien, c’que l’avenir nous réservera” dont le rappeur Nekfeu se fait le porte-voix dans la bande originale.

Notre avis : 

Touchant, résonnant, encourageant, le film de Matthieu Bareyre donne et laisse la parole à une jeunesse sincère devant sa caméra. Une série de personnages dont les peurs, les failles, les faiblesses sont visibles, ce qui les rend d’autant plus beaux. Ils nous partagent une panoplie d’émotions, le tout sublimé par la justesse du montage qui n’a pas peur de contourner les codes. Composé à partir de plus de 150 heures d’images, le film se construit avec brio. Laissant parfois l’écran noir de longues secondes, faisant parler des voix sans visage, coupant net la projection, rendant ainsi la salle de cinéma muette, interloquée.

Une belle expérience à vivre, que vous pourrez partager avec le réalisateur Matthieu Bareyre et l’équipe du film, en ce moment, pour discuter avec eux à propos de ce documentaire rare et marquant.

Bon, ce n’est peut-être pas le genre de film qu’on regarde en se goinfrant de popcorn…. Mais parce qu’il mérite réellement que vous dépensiez quelques euros pour lui faire honneur, tenons-en nous au système de notation Alt : 5/5 popcorn !

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Alt tient à rappeler que le principe d’une critique de film est de donner un avis subjectif motivé par des appréciations personnelles de nos journalistes. Toute critique de Séance popcorn relève donc de nos humbles avis ! Et la section commentaires est faite pour que VOUS nous donniez le vôtre !

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À Propos

"Il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes". Les Shadock Née dans une famille melting-pot, j'adore voyager (désolée l'originalité) et aller à la rencontre d'autres cultures. Engagée pour faire respecter les droits environnementaux, l'homme pollue mais faut arrêter les conneries ! (Ou sinon pouf, plus de vie sur Terre, toussa toussa).

celeste.schor@altmagazine.fr

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