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Voyager seule à cheval : 4 mois en Mongolie

Manon, 2 chevaux et un chien dans les steppes
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Voyager seule à cheval : 4 mois en Mongolie

Manon a 28 ans et est cartographe de réseaux électriques. Avant ça, elle a été caissière, femme de ménage ou encore urbaniste, pour économiser afin de réaliser un de ses rêves. Passionnée d’équitation depuis son enfance, elle est partie 4 mois seule en Mongolie, en bivouac avec ses deux chevaux et son chien. Zoom sur ce projet fou.

Manon et son équipe, le chien n’est pas loin ; crédits : Manon

Quel est le point de départ de ce projet ?

En 2011, je lis Voyage en Mongolie et Au pays des Tangoutes de Nikolaï Prjevalski, je me dis qu’il faut absolument que j’y aille. J’étais étudiante à Paris, ça marchait bien, j’avais un appartement, de l’argent. J’étais une gamine de pays riche qui avait tout pour être heureuse mais je ne l’étais pas du tout. J’avais besoin de me réaliser ailleurs alors je me suis dit qu’il fallait que je parte, toute seule, à deux, je ne savais pas.

 

Quel est votre « historique » avec la Mongolie ?

J’ai préparé mon projet pendant un an, puis je suis partie une première fois l’été 2012 avec une fille rencontrée sur un forum, on avait acheté des chevaux. Ça m’a laissé un goût de trop peu, je suis repartie l’été 2013 pendant 2 mois, un mois avec mon copain et un mois d’expédition avec un groupe de touristes et un guide. Mais encore une fois, ce n’était pas assez. J’étais partie avec une coéquipière, mon copain, un groupe touristique, mais je ne gérais pas les choses comme je le souhaitais. J’avais besoin d’aller m’accomplir en Mongolie seule.

 

…Et ça s’est concrétisé.

J’ai économisé pendant 4 ans puis je suis partie cette fois passer 6 mois sur place, 4 mois de voyage avec 2 mois de préparation pour les affaires, acheter les chevaux, les préparer, et trouver un chien. J’ai fait mon itinéraire, partir de pas très loin, d’Oulan-Bator, traverser jusqu’à l’ouest du pays pour rencontrer des kazaks près d’Olgii. La chaîne de l’Altaï c’était mon graal.

 

La Mongolie est un pays extrêmement aride, composé majoritairement de steppes. Peuplé par 3 millions d’habitants dont 2 millions sont nomades, il s’agit du pays à la plus faible densité au monde. Pour des raisons climatiques, il est possible de voyager à cheval uniquement la moitié de l’année. Les températures avoisinent les -30 degrés durant l’hiver et les chevaux ne peuvent survivre à un effort trop grand dû au manque d’herbe et donc de nourriture. Se pose la question de l’approvisionnement : trouver de quoi s’abreuver et se nourrir est également difficile pour les nomades.

 

Vous aviez des appréhensions avant ce voyage ?

Etant donné que j’étais déjà partie plusieurs fois en Mongolie, je partais avec un bel avantage ; j’avais une première approche de la culture, je savais baragouiner le mongole. J’avais éventuellement peur d’avoir un problème avec des hommes. Mais pour ça il y a quelques techniques assez simples comme ne pas camper n’importe où. S’il y a des yourtes en vue, on campe près des yourtes et près des femmes. Sinon j’avais décidé de voyager avec un chien, plus par peur de la solitude, et ça tombe bien car les mongoles craignent souvent les chiens.

 

Comment ça s’est passé une fois sur place ?

Je suis arrivée en juin 2017 mais c’était un été d’extrême sécheresse, ce qui veut dire des difficultés pour trouver des chevaux en bonne santé. J’ai d’abord acheté 2 chevaux à une personne “de confiance”, ce qui a été une erreur car ils n’étaient pas physiquement capables de faire le voyage. J’ai commencé la route avec eux, avant de les faire rapatrier auprès d’amis pour les soigner, j’en ai eu 2 autres avec lesquels j’ai voyagé pendant 2 mois. J’ai terminé le voyage sur une grosse frayeur… Prise dans une tempête de neige alors que ma tente avait été arrachée la veille par une tempête de sable.

 

Vous avez donc dû écourter…

Il fallait que je trouve une yourte pour nous mettre à l’abri, nous avions marché 50 km dans le blizzard sans croiser personne, les chevaux n’avançaient plus. Pour rentrer jusqu’à Kharkhorin (ville la plus proche avec quelqu’un pour accueillir les chevaux, ndlr) et les ramener, je devais être plus bas en altitude et donc être en sécurité pour les températures mais il n’y avait pas d’herbe. Ou monter dans les montagnes pour en trouver, avec le risque de ne trouver personne à cette saison et d’être bloquée dans une tempête sans tente. J’ai donc décidé d’écourter le voyage. J’ai appelé des amis qui sont venus nous chercher en camion, je les ai rejoint à Tariat et on est rentré.

 

« J’avais besoin d’aller gratter mes limites, d’être seule pour me trouver moi. J’ai été chercher cela à cheval en Mongolie. »

 

Quels sont les principaux risques ?

Le risque principal est le cheval, c’est un animal qui a peur de tout. De tomber du cheval et de se blesser, car le cheval s’en fout et on est en Mongolie, pas de réseau, pas d’infrastructure, y a personne. Le risque de se perdre ou de ne pas trouver de rivière et donc d’eau, car les cartes sont imprécises et ne sont pas actualisées. Le risque de ne pas trouver d’herbe et donc de rallonger les étapes. Le risque d’être trop près des villages où les gens sont pauvres et trouvent que c’est une belle opportunité de voler 2 chevaux à une touriste.

 

Justement, quel est ton rapport avec les mongoles ?

Je partais du principe qu’il ne fallait pas que je pèse sur les locaux en passant en voyage. J’ai toujours insisté pour acheter de la viande et non qu’on me la donne. Puisque je le demande je le paye, je peux accepter les cadeaux mais je fais toujours attention. Il m’est arrivé rarement de demander le logis dans les yourtes lorsque ma tente avait lâché, dans ces cas-là on fonctionnait au troc. Sinon, mon mongole basique et quelques échanges de photos sur mon portable étaient une bonne base d’échange !

 

Par rapport à l’ambition de départ, partir 6 mois, est-ce un échec de ne pas être allée au bout ?

Non, je suis contente d’avoir raté ! Au fond je n’ai pas raté, j’ai pris les bonnes décisions quand il le fallait. Je suis rentrée en bonne santé, avec des chevaux en bon état. Du reste, j’ai l’impression de m’être rencontrée, d’avoir fait ma connaissance.

Paysage bucolique de la steppe, crédits : Manon

Qu’est-ce que vous en retirez ?

Je suis plus en accord avec moi-même, j’ai découvert que se sentir seule, ce n’était pas négatif du tout. La solitude choisie comme celle-ci est incroyable. On vit de très belles choses avec soi-même, la solitude par une nuit étoilée avec une lune quasi-pleine, on voit comme en plein jour dehors, les chevaux qui broutent sur un plateau où il n’y a personne, le chien qui ronfle à l’entrée de la tente… Il fait beau et il fait doux et c’est magique. Puis maintenant que je suis rentrée, je réalise combien c’est super d’appuyer sur un bouton et d’avoir de la lumière, de tourner le robinet et d’avoir de l’eau. Je reste toujours triste lorsque je tire la chasse d’eau et que la quantité d’eau pour vivre une journée en Mongolie s’évacue, je trouverai une solution pour ça une fois que je vivrai en maison.

 

Une recommandation pour les rêveurs qui lisent cette interview ?

Si vous voulez partir, allez-y formez-vous et lancez-vous, mais si vous ne prévoyez pas de vous former à soigner des chevaux préférez partir en vélo ! Autrement, partir seul est une expérience incroyable, soyez responsable, conscient des risques et de vous-même.

 

Un grand merci à Manon pour cette interview ainsi qu’à l’association Les cavaliers au long cours dont elle fait partie. Vous pouvez consulter son projet sur sa page facebook.

 

Une autre interview portée sur l’international est consultable ici !

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À Propos

Née sous le soleil marseillais mais n'a pas les cigales dans la voix. Monteuse à ses heures, féministe à plein temps, elle se passionne pour les luttes sociales. Son sens de l'orientation déplorable la fait régulièrement se perdre sur les routes d'Asie et d'ailleurs. "Tu pousses un peu tu vis, c'est une étrangerie" Jacques a dit - Odezenne

lena.riviere@altmagazine.fr

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