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L’humain OGM est-il l’avenir de notre espèce ?

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L’humain OGM est-il l’avenir de notre espèce ?

Digne d’un scénario Marvel, découper son ADN sera pourtant possible d’ici les dix prochaines années. Grâce à la technologie CRISPR-Cas9, perçue comme une révolution en matière de génétique, les espoirs d’avancées médicales paraissent immenses. Mais parmi ses plus fervents défenseurs se trouvent aussi des transhumanistes qui voient en CRISPR-Cas9 un moyen d’améliorer l’humanité.

Le fonctionnement de CRISPR-Cas9

« C’est un ciseau moléculaire capable de découper notre ADN pour changer nos gènes », nous dit Terence Ericson, membre de l’Association Française Transhumaniste, étudiant en neurosciences et créateur de la chaîne YouTube « Explorons le futur ». Si c’est encore un peu flou, le transhumaniste nous donne un exemple : « On sait que pour avoir le sida, c’est le gène CCR5, présent dans chacun d’entre nous, qui permet au virus de nous infecter. Certaines thérapies pensent qu’en supprimant ce gène avec CRISPR-Cas9, on pourrait supprimer cette voie d’entrée au virus du sida dans notre corps. »

Les maladies que le ciseau génétique pourrait guérir

Une expérience sur embryon a été effectuée en Chine en novembre dernier. Deux bébés, Lulu et Nana, ont été génétiquement modifiés par CRISPR-Cas9 dans le but d’être immunisés contre le sida. Cette technique n’étant pas encore maîtrisée, il existe des risques de mutations génétiques ou de mauvais ciblage du gène à modifier. Ce qui a provoqué l’indignation de la communauté scientifique et transhumaniste. : « La potentialité de CRISPR-Cas9 est géniale, on peut avoir de l’espoir pour plein de choses mais ça dessert vraiment l’image scientifique. Il s’est passé quelque chose qui n’est pas éthique et qui a mis en danger des bébés », déclare Terence Ericson.

D’autres tests ont été effectués sur des animaux et laissent à penser que des thérapies CRISPR-Cas9 pour l’Homme sont sur le point d’arriver. « Sur l’humain adulte, c’est différent. Aujourd’hui nous avons de très bonnes thérapies sur des phases cliniques, continue-t-il. Il y a des thérapies qui ont été testées sur des souris et des chiens qui ont très bien marché. On est très proches de passer sur l’humain et là c’est des choses qui ne posent, éthiquement, aucun problème. On espère que CRISPR-Cas9 nous permettra de pouvoir contrôler et maîtriser les maladies génétiques, qui, aujourd’hui ne sont pas curables, notamment les myopathies et la mucoviscidose. Ce sont des choses qui pourraient arriver comme des thérapies basiques relativement rapidement. Normalement, si tout va bien, avant 2030. »

Vers un transhumanisme alternatif ?

Dans l’imaginaire collectif, le terme transhumanisme fait instinctivement penser à un avenir robotisé et peuplé de cyborg. Les techno-progressistes, dont fait partie Terence Ericson, veulent prendre le contre-pied de cette vision et proposer une alternative à ce mouvement intellectuel : « Littéralement, techno-progressite veut dire la technique au service du progrès social. Nous, on aimerait que le centre des préoccupations dans le transhumanisme ne soit pas seulement d’être Iron Man, mais qu’il y ait une vraie dimension sociale, éthique et écologique parce que c’est ce qui nous paraît le plus important, lance Terence Ericson. Personnellement, j’ai du mal à voir le côté technologique comme étant plus électronique ou plus numérique. Je pense qu’en modifiant plutôt notre génétique ou notre biologie on reste plus humain qu’en choisissant la rupture et le changement en devenant robotique et cybernétique. »

Un défi éthique

Les avancées scientifiques et technologiques portant sur le corps humain, comme la PMA, suscitent généralement des questions éthiques qui s’accompagnent de polémiques. Les possibilités qu’offre CRISPR-Cas9 n’y échappent pas : « Ici nous avons une technologie neutre, mais c’est ce que les gens en font qui la rend bonne ou mauvaise, nous dit Terence Ericson. Un peu comme la technologie nucléaire, on peut en faire des centrales ou des bombes. » Néanmoins, certains observateurs craignent les pires dérives. Des personnes appelées « biohackers », voulant modifier leur biologie par eux-mêmes, ont déjà eu recours à des thérapies géniques dans un but personnel. Liz Parrish, une Américaine de 46 ans, a contré l’appauvrissement de ses cellules souches pour ralentir son vieillissement. Les craintes sont également eugéniques, avec les potentialités de CRISPR-Cas9, il serait théoriquement possible de choisir le physique de son futur enfant. Si la loi française interdit toute modification génétique chez l’embryon, ce n’est pas le cas de tous les pays. Mais pour Terence Ericson, il faut distinguer les eugénismes : « Il y a des types d’eugénisme qui sont très bien et qui sont acceptés dans la loi en France, par exemple celui contre la trisomie 21. On essaye de promouvoir le «bon eugénisme», nous permettant de ne plus être contraint aux maladies mortelles.» Dire ce qui est éthique ou non relève de la loi. Néanmoins, en fonction de nos valeurs morales on peut se demander si accepter certaines formes d’eugénisme est souhaitable.

L’objectif des techno-progressistes est de mettre des barrières éthiques au transhumanisme, un mouvement qui promeut le dépassement de sa condition. Cela peut paraître contradictoire voire utopique. « La médecine cherche à remonter les humains à la moyenne des autres pour qu’ils ne soient pas handicapés dans la vie de tous les jours, nous dit Terence Ericson. Alors que le transhumanisme aurait tendance à dire : « Nous, on peut même aller plus loin et dépasser cette moyenne ». Et c’est là qu’il y a un vrai problème éthique sur lequel nous (les techno-progressites, NDLR) essayons de travailler. Mais nous n’avons pas encore les réponses car si l’on augmente les personnes on peut avoir des accroissements d’inégalité. Donc la question n’est pas « est-ce qu’on peut améliorer l’humain ? », parce qu’en théorie oui, mais plutôt est-ce qu’on peut le faire pour tous ? »

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À Propos

Attentif à l’actualité politique et aux traitements médiatiques. Fan de basket et de foot. Ma citation philosophique : “Vaut mieux être un p’tit breton qu’un grand tu l’auras » – La Tour Montparnasse Infernale

mathis.fleuret@altmagazine.fr

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