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Etudiants étrangers, du Venezuela à la France

#1 Ils vivent autrement - 1/3 Etudiants étrangers

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Etudiants étrangers, du Venezuela à la France

Etudiants étrangers, partir sans pouvoir revenir est un ensemble de portraits d’étudiants étrangers vivant en France et ne pouvant revenir dans leur pays. Alt est parti à leur rencontre pour leur demander comment ils envisagent leur avenir et ce qu’ils gardent de leur passé. Premier d’une série de 3 rencontres, Nico, du Venezuela à la France.

 

Dès la rentrée 2019, les étudiants étrangers hors Union Européenne vont devoir multiplier leurs frais par seize. Pour une année de licence, ils paieront 2 770 euros au lieu de 170 euros et pour une année de master, 3 770 euros à la place de 243 euros. Frais auxquels s’ajoutent ceux de constitution du dossier de la démarche Campus France, 170 euros, un test de connaissance du français, 150 euros, ainsi que les frais de visa. Ils doivent fournir une attestation bancaire prouvant qu’ils ont au moins 7 000 euros en arrivant sur le sol français. Cette hausse spectaculaire fait partie d’une série de mesures annoncées par le gouvernement.

 

Une odeur de raclette mélangée aux tintements des verres à vin, Nico arrive dans le bar péniche, ambiance parisienne à souhait. 19 ans, 3 pulls superposés « parce qu’il fait vachement froid ici », une voix douce dont émerge un français impeccable. Et pour cause, il a étudié toute sa vie dans les écoles françaises, les meilleures de Caracas. Passionné de MAO (musique assistée par ordinateur), il désire travailler dans l’ingénierie sonore audiovisuelle. Après un bac S, une demande post-bac acceptée pour un BTS Audiovisuel, il débarque à 18 ans avec le cœur lourd.

 

Départ précipité

En replongeant dans le passé, Nico raconte l’histoire de son pays ravagé par une crise économique et humanitaire sans précédent. La violence et l’impunité maîtresses, 3 millions de vénézuéliens en exil, une dictature qui assassine son peuple. Sa famille partie en Espagne, des amis aux États-Unis, quelques proches en France, et lui tout juste majeur. À la question « Comment c’est d’arriver et de devoir s’intégrer ? » il répond les yeux mi-clos et un sourire doux-amer « Je suis passé de me disputer avec mon frère et être chez moi, à gérer mon argent, être seul et ne vraiment rien comprendre à ce qui m’arrivait ». Si son arrivée en France est un choix, notamment pour la qualité de l’enseignement supérieur, son départ a été forcé par la situation intenable. Au Venezuela, une hyperinflation de 1.370.000% durant 2018 empêche l’espoir d’un avenir meilleur.

 

Solitude fragmentée

Lorsque Nico parle des habitudes et des amis qu’il avait au Venezuela, sa candeur se ternie. Il évoque la difficulté d’exprimer ses ressentis dans une autre langue que la sienne. La voix ralentit jusqu’à devenir sourde. Dans son regard, le déchirement indicible se manifeste. La nostalgie de ce qu’on mangeait chaque matin succédé par la tristesse d’avoir laissé une partie de soi là-bas, sans pouvoir revenir la chercher. À travers les images qui défilent, les nouvelles des proches, il vit par procuration le manque de ses origines. Le comblement de ce vide se fait par la rencontre de nouvelles personnes. Deux ans plus tard, il a réussi à s’adapter. Animé par la musique et la composition, heureux de les mettre en œuvre par son travail, un épanouissement nouveau illumine son chemin fracturé.

Pour revenir à Caracas, Nico pense qu’il faudra au moins 10 ans pour qu’il y ait de nouveau une justice. En attendant il envisage de continuer ses études, si celles-ci ne sont pas compromises par l’arrêté pour l’augmentation des frais scolaires. Pas de doute à ce sujet, sa famille ne peut pas se permettre une telle dépense. Maintenant, Paris c’est aussi chez lui.

 

Un mot qui n’existe pas en français et qui manque :

Cariño (espagnol), selon le dictionnaire : mélange d’attachement, d’affection et de tendresse

Selon Nico : « Un mot qui ne veut pas dire qu’on pourrait se tuer pour quelqu’un, mais qu’on emploie pour les gens qu’on aime. Il représente l’espagnol dans son esprit et particulièrement mon pays »

 

Pour lutter contre cette mesure discriminatoire, qui précarise et vise au rejet des étudiants étrangers dans leur ensemble, signez la pétition

 

Pour découvrir le portrait de Katarina, de la Russie à la France, cliquez ici

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À Propos

Née sous le soleil marseillais mais n'a pas les cigales dans la voix. Monteuse à ses heures, féministe à plein temps, elle se passionne pour les luttes sociales. Son sens de l'orientation déplorable la fait régulièrement se perdre sur les routes d'Asie et d'ailleurs. "Tu pousses un peu tu vis, c'est une étrangerie" Jacques a dit - Odezenne

lena.riviere@altmagazine.fr

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